Collections

L'idée selon laquelle il faut sauver de l'oubli, de l'indifférence et de la destruction les témoins du passé populaire est dans l'air dès la fin du 19e siècle. En 1913, pour concrétiser le projet de création d'un musée dédié à l'ethnographie et au folklore wallons, les fondateurs lancent des appels au public. Leur but est de rassembler une documentation illustrant la vie en Wallonie dans toutes ses dimensions. Ils collectent documents et objets attachés aux gens, à leurs traditions, leurs activités, leur cadre de vie, leurs idées et leurs pensées. Des objets démodés et abandonnés dans des greniers, des remises, des meubles ou des ateliers constituent ainsi les premières collections, pour autant qu'ils aient été utilisés en Wallonie. Le plus souvent, il s'agit d'objets modestes et usuels, bien que certains d'entre eux puissent être considérés comme de petits joyaux d'art populaire. La démarche surprend tout d'abord le public qui baptise l'institution musée dès vîs rahis’ (musée des vieilleries) avant de la considérer comme incontournable.

Les modes d'acquisition évoluent ensuite vers une politique de prospection plus systématique, dans le but de couvrir l'ensemble des domaines, du territoire et des époques. Et pourtant, le musée, qui ne s'était fixé aucune limite de temps, a quelque peu ignoré les pièces contemporaines : celles qui peuplent notre univers et parlent au présent de notre quotidien, celles qui situent nos traditions dans un cadre plus large, n'évitant pas les comparaisons avec d'autres cultures. La recherche de pièces et documents de la seconde moitié du 20e siècle, nécessaires à l'actualisation du nouveau parcours muséal, a démontré combien il est préjudiciable d'attendre que ces témoins du passé soient à peu près introuvables pour s'y intéresser et les acquérir. Contrairement à certaines idées préconçues, l'acquisition de pièces récentes est en parfaite harmonie avec la devise des fondateurs : "un musée de la vie populaire doit s'enrichir tous les jours et ne jamais être considéré comme une chose terminée. Tous les jours nous fabriquons du passé pour demain".

Parallèlement, le Service d'enquêtes photographiques, sonores et cinématographiques a assuré la constitution d'une abondante matière destinée à l'analyse et à l'étude de la société wallonne. En tissant un réseau de correspondants sur l'ensemble de la Wallonie, le musée a recueilli des témoignages touchant les domaines les plus divers. Dès 1923, une projection de films ethnographiques est proposée au public. Ce patrimoine immatériel s'enrichit au fil du temps et représente actuellement une impressionnante banque de données qui fait sa réputation. Tout en poursuivant cette importante mission d'enquêtes, il veille à la sauvegarde de ces documents souvent fragiles et assure, par le biais de transferts sur des supports modernes, une meilleure transmission au public.

Aujourd'hui et à l'instar d'autres musées d'ethnographie, le Musée de la Vie wallonne se positionne en musée de société, soucieux de placer l'être humain au centre du discours. S'il envisage toujours les différents aspects de l'évolution de la Wallonie, de sa population, de ses activités, qu'elles soient économiques, philosophiques ou culturelles, il est réceptif à toutes les manifestations inhérentes à la vie, à la société multiculturelle qui est la nôtre et étend son champ d'action jusqu'aux dernières années du 20e siècle. La politique d'acquisition de pièces témoigne de ces nouvelles préoccupations : tout en évoquant les sources de notre culture, la collection s'ouvre aux nombreux objets contemporains non encore frappés d'obsolescence ainsi qu'à tout document récent susceptible d'éclairer la réflexion et de refléter les grands débats d'idée et les enjeux qui sont les nôtres. Le milieu humain wallon passé et présent est désormais considéré dans une optique anthropologique large.

 

Responsable
Marie-Claude Thurion, Conservatrice
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